13 NovCommuniquer avec les animaux… par la musique !

Jim Nollman

Jim Nollman

« Il est possible de chanter sans connaître le solfège à condition d’avoir une très bonne oreille », m’avait dit un jour ma professeur de musique. J’ai compris toute la portée de cette phrase quand j’ai entendu parler de Jim Nollman, un musicien qui joue notamment avec… des orques sauvages !

Une expérience hors du commun

Tout commence par un voyage au Mexique. Alors qu’il séjourne dans une ferme située près de San Cristobal de las Casas, à côté de la frontière guatémaltèque, Jim Nollman tente d’apprendre à jouer de la flûte indienne. Et se rend compte que le dindon de la ferme se met à glousser étrangement quand il joue une certaine note très aiguë ! Intrigué, il continue, ce qui fait entrer l’animal en transe…

Jim Nollman réitère l’expérience avec des loups dans une réserve naturelle au Nevada. Il a compris la nécessité de s’adapter à l’animal avec lequel il veut établir un contact musical. Pour les loups, il s’agit de respecter des structures extrêmement précises, un ton mélancolique et un rythme très lent. Avec sa flûte traversière et son violoncelle, Jim aidé de ses deux assistants gagne rapidement la confiance des seigneurs de la forêt. Mais les loups vivent dans une réserve et leur chant reflète une profonde tristesse, celle de ne pas être libres… Cette mélancolie finit par envahir Jim qui décide alors de ne plus jouer qu’avec des animaux en liberté.

Il va ensuite essayer de jouer avec des baleines grises, des dauphins mais l’expérience la plus extraordinaire va être sa rencontre avec les orques.

Rencontre avec les orques

Comme le loup, l’orque est un animal dont la mauvaise réputation est en grande partie injustifiée. Aucun récit n’atteste assurément qu’un être humain fût attaqué ou même dévoré par ce seigneur des mers noir et blanc… Sur les conseils de Paul Spong, un zoo-psychologue utilisant la musique pour communiquer avec les dauphins, Jim Nollman part sur une île au nord de Vancouver près de laquelle vivent trois clans d’orques. Il choisit un point de mouillage fixe et se met à jouer de la guitare électrique sur sa frêle embarcation. C’est le quatrième jour que Jim entend enfin les orques chanter. Et le plus surprenant, c’est qu’elles lui répondent !

Les seigneurs de la mer n’hésitent pas à improviser… en harmonie avec la guitare de Jim ! Patrice Van Eersel relate cette formidable expérience dans Le Cinquième Rêve (éditions Le Livre de poche): « Jim lance un accord, les orques s’alignent. Mieux : ils participent carrément à des constructions musicales. Par exemple Jim fait miauler sa guitare en saccades de 2-3-2-3-2-3, une orque lui répond 1-2-1-2-1-2. Puis Jim l’imite et, d’un coup, c’est l’orque qui se met au 2-3-2-3-2-3. Ou alors ils montent un triangle, Jim jouant trois coups, l’orque deux, Jim un, l’orque rien du tout. Souvent, c’est l’orque qui part la première, dans une modulation complexe. Immédiatement, Jim essaye de l’imiter, il sort de sa guitare un son maladroit, imitant de loin celui du cétacé. Celui-ci, à son tour, imite Jim, c’est-à-dire qu’il reproduit exactement l’imitation bancale que le musicien vient de faire de lui. » Une sensation grisante et magique submerge alors Jim…

Jim Nollman communique avec des orques.

Jim Nollman communique avec des orques.

Tous les étés de 1978 à 1988, Jim et sa femme Kathy vont ainsi revenir au même endroit pour jouer de la musique avec les orques. Les musiciens qui ont la chance d’assister à ces concerts exceptionnels sont les plus émerveillés : « Le moment le plus fort, celui qui te fait véritablement basculer dans une autre dimension, mettant ta raison en déroute, est celui où, tout d’un coup, à ton immense surprise, tu entends surgir en face de toi un partenaire musical. Un vrai. Libre ! Qui te suit et te renvoie la balle. Mais ça, il faut avoir joué du jazz pour vraiment comprendre ce que ça signifie. Que ça puisse venir d’un animal t’oblige alors à tout remettre en question. »

Une expérience riche d’enseignements

Les orques communiquent beaucoup par le son car dans l’eau, il circule cinq fois plus vite que dans l’air. Ils ont donc naturellement une très bonne oreille, condition sine qua non pour reproduire tout de suite un accord sans formation musicale. Mais improviser en respectant un certain rythme (le jazz et le reggae étant déjà assez compliqués pour les humains) implique tout autre chose… De la créativité, rien de moins ! Jugez plutôt en écoutant l’album de Jim Nollman. Il y a de quoi être dérouté.

Et c’est dans cette perspective que l’expérience de Jim Nollman revêt une portée beaucoup plus large. Le fait que des orques soient effectivement capables de jouer de la musique nous renvoie de plein fouet à la place que nous nous sommes attribués en tant qu’humains et à celle que nous avons bien voulu laisser aux animaux… En Occident tout du moins où l’on considère les animaux comme des bêtes. Communiquer avec des animaux implique assurément de se placer sur le même terrain qu’eux. À égalité. Et sans langage articulé. À cette condition seulement, nous pouvons apprendre des choses d’eux…

« La musique commence là où s’arrête le pouvoir des mots. » Richard Wagner

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4 Responses to “Communiquer avec les animaux… par la musique !”

  1. maidi dit :

    Merci cecile pour ces aperçus et ces ouvertures que tu nous donne ..
    je suis compositrice et la musique est un langage UNIVERSEL. tout est musique, ..l’usage qu’en font les hommes est une infime partie de la musique…
    A bientôt alors pour d’autres belles histoires alors!!
    Des bises
    Maidi ROTH

  2. SIGAUD A.M. dit :

    Très intéressant ! nous avons bcp à apprendre des animaux qui nous entourent et qui nous étonnent par leur compétence !
    Bises

    Anne-Marie

  3. Belin G dit :

    Merci pour cette belle découverte….si interessante
    Cette histoire me parle des liens entre le monde des animaux et le notre……et cela nous fait avancer sur le chemin du Grand Tout
    Mais alors ,si tout était interconnecté ? …..!
    Hugs
    Geneviève

  4. Caussade dit :

    Belle histoire peu commune…
    Ca me fait aussi penser aux charmeurs de serpents qui apprivoisent et commandent les reptiles grâce à des flûtes .

    Caussade

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